26 mai 2008

Ma Première fois. . .

Au printemps de cette année 1968, je décidai de me rendre à Monaco, car je venais d'acquérir ma première voiture.    
Je m'étais procuré un billet de tribune pour le dimanche, puis le mois de Mai 68 est arrivé et je n'ai jamais reçu mon ticket. Je pris la route le vendredi après ma journée de travail, pour une véritable expédition. En effet, à plus d'une reprise durant la nuit, j'ai dû faire des tours et détours pour éviter les barrages des grévistes, et j'avais une peur bleue de me faire bloquer par quelques abrutis. Je roulais toutes vitres et portières fermées à clé. J'arrivais enfin à Monaco. La première chose à faire était de trouver un emplacement pour parquer la voiture et ne plus la toucher. En effet il y avait peu de carburant, il fallait l'économiser. Je passai la nuit sur le siège arrière de la Dauphine. Le lendemain matin, en me réveillant, je me suis rendu compte à ma grande surprise que j'étais garé à une cinquantaine de mètres à peine d'un concessionnaire Ferrari. Je descendis vers le port pour me rafraîchir le visage. Qu'est ce que ça fait du bien, aller un grand coup sur le restant du corps. Ah ! ça colle de partout, que se passe-il ? mais c'est bien sûr. . .  c'est l'eau de mer !  

Après avoir pris de nouveaux billets pour les essais du samedi et la course, il fallut encore se soumettre à une corvée : aller chercher un bon d'essence avec ma carte grise. Cette fois c'est  bon, je peux y aller. Du sommet de ma tribune des Gazomètres j'avais une bonne visibilité sur la piste, je pouvais voir les voitures à la sortie du Bureau de tabac se diriger vers moi, virer et repartir  vers la ligne de chronométrage. C'était super.   
Une... deux... trois… quatre… cinq… six… Alors, ils se décident oui... Sept… J'entends des bribes de commentaire dans les haut-parleurs  mais le vacarme m'empêche de comprendre. Huit… neuf… Toujours pas de Ferrari, que se passe-il ? J'appris entre les deux séances d'essais que Monsieur Enzo Ferrari avait décidé au dernier moment de ne pas envoyer de voitures en Principauté pour protester contre les organisateurs qu'il tenait pour responsables de la mort de Bandini l'année précédente. Bien entendu, Enzo Ferrari ne pouvait pas savoir que j'avais décidé de me rendre à Monaco!  

1968-Monaco-01-21 mai-Enzo a l ACM



Moi qui étais venu voir évoluer Jacky Ickx et Chris Amon, au volant de leur Ferrari ! Mais ma déception fut de courte durée tant le  spectacle qui s'offrait à moi était extraordinaire. J'ai l'impression que c'était hier. Quand j'ai vu débouler la première Formule 1 à une vitesse folle et se diriger vers moi, j'ai eu le sentiment que jamais elle ne pourrait s'arrêter. Et puis d'un seul coup, le pilote monte sur les freins, le museau de la voiture plonge, racle le sol, puis d'un coup de volant la voiture s'inscrit dans le virage et repart dans un étourdissant bruit d'échappement tout en se cabrant.  

J'étais éberlué... c'était irréel… Un bruit d'enfer mêlé d'une forte odeur d'huile de ricin. Une voiture m'a impressionné plus que toutes les autres, la Matra de Jean Pierre Beltoise  Son moteur hurlait à m'en arracher les oreilles, et pourtant, quand je devinais de loin son arrivée, j'ouvrais grandes mes deux oreilles pour ne rien perdre du chant mélodieux de son douze cylindres.  

1968-Monaco-09-Matra_Beltoise-stand


Aujourd'hui, avec le recul et après avoir assisté à quelque 500 Grands Prix de F1, à la télé ou sur place, je ne peux pas oublier ces voitures qui pour moi resteront les plus belles de l'histoire de la F1.  Leur long fuselage, l'étroitesse de leur coque au bout de laquelle se débattaient de longs bras de suspension, leur moteur qui dégageait une fumée bleutée, et les pilotes, couchés dans leur habitacle, se dévoilaient à notre regard, nous laissant voir leur visage protégé par un simple mouchoir contre l'air qui les frappait et les gaz d'échappement.  

Après ces grands moments d'émotion, je découvris le circuit à pied. Le virage de Sainte-Dévote, juste après les stands, était à l'époque un grand droit très rapide qui donnait comme aujourd'hui sur la montée du Beau rivage, suivie du Casino. La descente aux enfers vers le virage Mirabeau et la Gare. Le double droite du Portier qui ramenait les voitures sur le bord de mer. Le tunnel était plus court et plus loin qu'aujourd'hui, puis la chicane très rapide gauche droite qui menait au Bureau de tabac. Enfin la longue fausse rectiligne au bout de laquelle se trouvait le virage des Gazomètres qui ramenait les bolides sur la ligne de chronométrage.  

Le dimanche matin, je me précipitais le long du muret qui longe le port à la sortie de la chicane. Il fallait y être de bonne heure car ce n'était pas une tribune mais des places debout non numérotées. Il n'y avait pas encore beaucoup de monde et je pus choisir mon emplacement derrière le mur, mais il y avait un haut grillage qui m'empêchait de très bien voir. Ce n’est pas terrible du tout. C'est la catastrophe ! Mais un type décida de couper le fil de fer et de retrousser la grille. Bien sûr ! Il a raison !  Nous fûmes quelques-uns à pouvoir passer la tête de l'autre côté du grillage.   
Je pouvais voir déboucher les voitures de la chicane, passer au-dessous  de moi, virer au Bureau de tabac et accélérer vers les Gazomètres. 

1968-Monaco-30-Hill_Surtees et Bruno-Bureau tabac-Ko

 

 
Départ du tour de chauffe, les voitures font un tour au grand ralenti, puis s'immobilisent sur la grille, les moteurs sont coupés. Silence sur le circuit. Les moteurs sont réanimés et montent en régime. Puis tout à coup un hurlement de tonnerre. Les voitures avalent la montée derrière moi, le sol tremble, je peux suivre leurs évolutions tout le tour du circuit, tellement le grondement est puissant.  Les voilà qui débouchent de la chicane, et surprise : Johnny Servoz-Gavin (qui remplace Stewart blessé) est en tête de la meute. Deux tours plus tard il sort de travers à la chicane et tap le rail dans une grande gerbe d'étincelle. Abandon.  

1968-Monaco-19-1er passage Bureau de Tabac

1968-Monaco-22-Servoz Gavin-Bureau Tabac-ab



Graham Hill et John Surtees firent le trou et le peloton commença à s'étirer, quand un fou jeta une bouteille de bière sur la piste. À chaque  passage des voitures, toutes les têtes rentraient de concert derrière  les grilles pour se protéger des morceaux de verre qui volaient à des hauteurs folles, cela dura quelques tours seulement, mais quelle frayeur ! Hill mena toute la course et remporta le GP avec une avance de 1 seconde sur Attwood, qui fit une remontée extraordinaire, au volant de sa BRM. Cinq voitures seulement terminèrent, un record négatif.  

1968-Monaco-32-Hill-Bureau tabac

 

Le Casino, la Gare. . . Fais gaffe t'as bien failli taper. Le tunnel, à fond. . . la chicane. . . Non de Dieu ! Cette fois j'ai bien cru que c'était fait. Je sais, je ne suis pas Graham Hill et je n'ai pas une Lotus. . . Mais j'ai bien le droit de faire un tour de circuit avant de repartir non ! Même s'il fait nuit.

 

1968-Monaco-68-5 juin-Enzo a Bruno Vagnotti

 

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Il y a quarante ans. . . Ma première fois

. . . 26 Mai 1968. j'y étais. . .

1968_Monaco_9_depart

. . . mais Enzo ne le savait pas. et n'envoya pas ses 312 F1, pour Ickx et Amon.

cette année, je n'y suis pas non plus. dommage. j'aurais pu voir quelque chose de bien.
quelque chose qui m'aurait fait oublier ces grand prix (sans majuscules)
2008_Monaco_
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Grand Prix de Monaco 26 mai 1968 - grand prix de Monaco 25 mai 2008.
la boucle est bouclée.
mon premier et mon dernier GP.
aujourd'hui les grand prix (sans aucune majuscule), sont artificiels. tout est devenu artificiel et faux.
les reglements sportifs, les reglements techniques, la voiture de sécurité qui sort pour un oui, pour un non.
tout ça pour niveler le plateau, tout ça pour attirer un maximun de monde derrière les postes de télépublicitée.
depuis maintenant une semaine pleine, les media distribuent la meteo à tour de bras. chacun y va de son pronostic: "il va pleuvoir dimanche à Monaco" si-si. entre 14h et 15h 40'. chic! il va y avoir de la casse. . . ça nous changera. . . pourvu qu'ils disent vrai.
avant à Monaco, les commissaires de pistes (les meilleurs du monde aimaient on a répèter) étaient capables de retirer une voiture
en moins de temps qu'il ne faut pour l'écrire, avec des F1 qui continuaient à tourner sous drapeaux jaunes, et jamais il n'y a eu le moindre incident. les pilotes qui sont des professionnels passaient au ralentit dans la zone sous drapeaux jaunes.
aujourd'hui, on leurs concents 15 minutes, pour faire le travail. pour pouvoir, non pas les protègés, mais pour relancer la course.
résultat du SC n°1: le pilote qui arrive à prendre 12" d'avance, en est reduit à tout recommencer de zéro. avec ses poursuivants à ses trousses.
conséquences n° 1: un freinage manqué et une victoire qui s'échappe.
résultat du SC n°2: une nouvelle course qui recommence à 15' du drapeau à damiers, avec 16 voitures roues dans roues.
conséquences n° 2: un pilote et une voiture hyper compétitive qui se trouvent bloquer dans les échappements du petit Poucet des GP, au volant de l'escargot du plateau, qui tente une attaque (plus qu'obstimiste) au premier freinage. Et boum!!!
le petit Poucet, 4em à Monaco, se retrouve au fond de son stand à pleurer comme enfant de dix ans, avec comme tout soutient
ses mécaniciens qui pleurent avec lui.
et j'en passe, et j'en passe, et j'en passe.
à l'arrivée du gp de France 2002, quand Schumacher/Ferrari, remportait à mi-saison le titre mondial, Ecclestone, et Mosley, on dit à l'adresse des medias:

"plus jamais. plus jamais vous ne reverez ça"

et en 2003, tout était chamboulé. l'attributions des points. les seances d'essais modifiées, le warm-up supprimé, les voitures en parc fermée.
ce qui n'a pas empecher Ferrari et Schumacher d'en remettre une grosse couche l'année suivante.

et les British de mofifier une nouvelle fois les reglements sportifs.
"je veux que chaque ménagère, puisse voir les gp devant son poste de télé-publicité, la F1 ne s'adresse pas uniquement aux specialistes"

avait réencherit Bernie Ecclestone.
tout était dit.

ce qui n'a pas empecher Ferrari et Schumacher d'en remettre une grosse couche l'année suivante

 

545 Grand Prix. de Jarama 1968 à Monaco 2008. Je pense que tout a une fin. surtout les meilleurs choses.
pour moi les grand prix artificiels, c'est fini. c'est terminé.
à partir d'aujourd'hui, je releverais les résultats brut, sans savoir quel simulacle de course a permis ce classement.
et puis ça m'évitera d'entendre les mêmes personnes qui critiquaient une Équipe (Ferrari) qui misait tout sur un pilote, et lui permetait de remporter cinq (5) titres mondiaux d'affilé, et de critiquer une autre Équipe (Mc Laren) qui misait tout sur ses deux pilotes, et qui se voyait coiffée au poteau lors de l'ultime Grand Prix de la saison.
d'entendre également ces mêmes personnes, critiquer une Équipe (Ferrari) qui donnait l'ordre à ses pilotes d'inverser les place à l'arrivée d'un GP.
et toujours ces mêmes personnes, qui n'avaient rien à redire sur les agissements de deux Équipes rivales (Williams et Mc Laren) qui s'entendaient pour modifier l'ordre d'arrivée de leurs trois pilotes, lors des ultimes tours de l'ultime GP de la saisson 1997 à Jerez.

Messieurs Ecclestone, Mosley, et votre clic et vos claques, je vous salut.

qui avait dit: "c'était mieux avant. . ."

 

 

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Posté par SireBruno à 06:01 - - Commentaires [2] - Permalien [#]